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Le diagnostic prénatal par biopsie de trophoblaste (également
appelé biopsie de villosités choriales, ou chorionic villus
sampling (CVS) en anglais) au premier trimestre de la grossesse est devenu
une alternative fréquente aux techniques traditionnelles du deuxième
trimestre.
Il est le plus souvent réalisé aux alentours de la 12ème
semaine d’aménorrhée.
Sa précocité permet :
- de rassurer plus tôt les patientes,
- de minimiser les complications obstétricales et psychologiques d’une
éventuelle interruption médicale de la grossesse lorsque cette
éventualité se présente.
Cet examen, prescrit après une consultation spécialisée
(réglementairement obligatoire : Art R.162-16-7 du code de la Santé
Publique), permet l’obtention d’informations sur le fœtus
par l’analyse du trophoblaste.
Il vous sera demandé lors de l’examen de signer un document destiné
aux laboratoires d’analyses.
Ce document n’est pas un consentement rédigé par votre
médecin mais un arrêté du ministère de la Santé
(cf annexe 1).
Le trophoblaste, qui va devenir le futur placenta, est un tissu appartenant
au fœtus et non à sa mère. Sa composition est donc la même
que celle du fœtus (sauf cas tout à fait exceptionnel).
La principale indication de la biopsie de trophoblaste (BT) est l’étude
des chromosomes du fœtus mais plus de 200 anomalies génétiques
peuvent être diagnostiquées par analyses cytogénétiques,
enzymatiques ou étude de l’ADN sur les villosités choriales
Les principales indications
- Etude du caryotype
La biopsie de trophoblaste est particulièrement indiquée lorsque
la probabilité de découvrir une anomalie des chromosomes est
augmentée.
Les principales indications sont :
- un age maternel avancé,
- une particularité de la nuque fœtale ou la suspicion d’une
malformation du fœtus mise en évidence à l’échographie
du premier trimestre
- Un risque augmenté d’anomalie chromosomique mis en évidence
par un calcul intégré associant l’épaisseur de
la nuque fœtale et les marqueurs sériques du premier trimestre.
Les villosités choriales prélevées pour étude
des chromosomes sont systématiquement étudiées de deux
manières :
- par une technique directe sans culture qui permet d’obtenir des résultats
très rapides;
- après culture, ce qui permet d’obtenir une meilleure analyse
de la structure des chromosomes. Le délai d’obtention des résultats
est alors du même ordre que celui d’une amniocentèse, c’est
à dire de 10 à 15 jours.
Des anomalies strictement confinées aux villosités choriales
ont été décrites après technique directe. Bien
qu’elles soient très rares, il est conseillé de contrôler
tout résultat suspect par une étude du liquide amniotique ou
du sang fœtal plus tard dans la grossesse.
Dans certains cas d’hyperclarté de la nuque fœtale découverte
lors de l’échographie du premier trimestre, la normalité
du caryotype sur biopsie de trophoblaste demandera à être contrôlé
sur liquide amniotique prélevé ultérieurement.
- Maladies métaboliques
De nombreuses maladies métaboliques héréditaires peuvent
être reconnues sur un prélèvement de villosités
choriales dès lors que l’activité enzymatique à
mesurer est suffisante dans la villosité au terme de 11-12 semaines
d’aménorrhée, et peut être dosée avec fiabilité.
Ceci permet un diagnostic direct sans même passer par le stade des cultures,
bien qu’en règle générale la réalisation
de ces cultures permette d’augmenter la fiabilité du résultat.
-Maladies génétiques reconnaissables par biologie moléculaire
L’étude de l’ADN fœtal permet de reconnaître
un nombre de plus en plus grand de maladies génétiques, dès
lors que le gène en cause a été identifié et que
les sondes moléculaires nécessaires au diagnostic sont disponibles.
Dans certains cas (drépanocytose par exemple) le diagnostic direct
est très facile. Dans d’autres cas, une étude familiale
préalable de l’ADN est nécessaire, afin de s’assurer
que la famille est informative par cette méthode.
TECHNIQUE DU PRELEVEMENT
Le terme le plus adapté pour réaliser une BT se situe autour
de la 12 ème semaine d’aménorrhée. Elle peut être
réalisée sans inconvénient plus tard dans la grossesse
; par contre on évitera les prélèvements trop précoces
avant 10 semaines.
Une première échographie est nécessaire afin de vérifier
le terme de la grossesse, la vitalité de l’embryon, le caractère
unique de la grossesse, la position de l’utérus (en situation
antéversé ou rétroversé) et surtout la localisation
précise du trophoblaste.
La biopsie par aspiration à l’aiguille à travers la paroi
abdominale est la technique la plus utilisée dans le monde et c’est
celle que nous utilisons.
Mais d’autres techniques sont parfois utilisées (voie vaginale,
biopsie à la pince…)
Au terme de 12 semaines d’aménorrhée le volume de l’utérus
est d’environ 12 cm de diamètre.
Il est encore en position basse dans le bassin et déborde peu au dessus
du pubis. Une vessie un peu pleine est parfois necessaire pour le repousser
vers le haut.
Comme pour l’amniocentèse la technique nécessite la présence
de deux opérateurs et un contrôle continu et permanent de la
position de l’aiguille grâce à une échographie simultanée.
Le prélèvement est pratiqué en salle d’échographie. Il est fait dans des conditions strictes d’asepsie selon la technique « no touch » (ne rien toucher).
Après repérage du trophoblaste à l’échographie,
une anesthésie locale à la xylocaïne est réalisée
à l’endroit de la ponction. Elle supprime toute sensibilité
et permet d’éviter tout mouvement intempestif pour un geste qui
doit être d’une très grande précision.
Une aiguille longue et très fine est alors introduite en direction
du trophoblaste en suivant sa progression sur l’écran de l’échographe.
Lorsque la pointe de l’aiguille est en bonne position au niveau du trophoblaste,
une dépression est provoquée dans l’aiguille à
l’aide d’une poignée adaptée sur la seringue et
quelques mouvements de va-et-vient sont imprimés au système.
L’ensemble est retiré en gardant la dépression.
On peut récupérer ainsi quelques dizaines de milligrammes de
villosités choriales qui sont aspirées dans l’aiguille
et immédiatement contrôlées.
Examen du prélèvement
Dans tous les cas, la pureté du prélèvement est vérifiée
immédiatement sous microscope binoculaire. Le poids de la villosité
peut être estimé à l’œil nu à l’aide
de photos villosités témoins de poids connus.
Si la qualité et la quantité semblent suffisantes (5 à
10 mg de tissu suffisent pour la plupart des diagnostics), la procédure
est arrêtée. Si en revanche le prélèvement semble
insuffisant, une autre biopsie peut être immédiatement recommencée,
sans toutefois dépasser deux prélèvements au cours de
la même séance.
Difficultés et complications du prélèvement de villosités choriales
Dans des mains entraînées, le risque d’échec est
très faible.
En cas de mauvaise position du trophoblaste son accès peut être
très difficile voire même impossible. Il est parfois plus raisonnable
de ne pas tenter le prélèvement et de reconsidérer la
situation ultérieurement avec un remplissage de vessie un peu différent
ou bien quelques jours plus tard.
Les complications maternelles décrites sont très rares. Elles
sont identiques aux complications de l’amniocentèse.
Le risque du prélèvement est avant tout celui d’une fausse
couche.
Comme pour tous les gestes techniques, ce risque dépend en grande partie
de l’expérience des opérateurs. Mais il dépend
aussi du terme de la grossesse et de l’indication du prélèvement.
Le risque de fausse couche lié spécifiquement à la réalisation
d’une BT est difficile à apprécier très exactement.
En effet, le risque naturel de fausse couche à 12 semaines d’aménorrhée
est encore assez élevé et le prélèvement peut
dans certains cas n’être que l’accélérateur
d’une fausse couche qui se serait produite de toute façon.
Dans certains essais récents, randomisés et contrôlés
il n’a pas été mis en évidence de différence
significative entre les fausses couches consécutives à un prélèvement
de villosités choriales et celles suivant une amniocentèse.
D’autres études permettent cependant de penser que le risque
du prélèvement de villosités choriales est à l’origine
d’un taux de fausses couches légèrement supérieur
à celui de l’amniocentèse.
Au total
La biopsie de trophoblaste présente comme principal avantage sa précocité.
Son utilisation est particulièrement intéressante pour le diagnostic
des risques chromosomiques augmentés d’après les tests
du premier trimestre, les maladies métaboliques et l’étude
de l’ADN en biologie moléculaire.
La réalisation d’un caryotype fœtal pour âge maternel
par cette méthode doit être discuté au cas par cas en
fonction des souhaits des parents et de la probabilité plus ou moins
forte de découvrir une anomalie chromosomique.
Dans certaines situations (femme de plus de 40 ans, utérus cicatriciel,
nuque épaisse), la réalisation d’une biopsie de trophoblaste
permettra, dans un contexte d’anomalie chromosomique relativement élevé,
d’obtenir un résultat à une période de la grossesse
où une interruption de grossesse peut encore être effectuée
par une simple aspiration.
Les différents temps opératoires d’une biopsie de trophoblaste
sont illustrés par des photographies mises en annexe 2 ci après.
Vous n’êtes pas obligé de les regarder….mais elles
sont assez rassurantes…
Les photos sont du Dr Luc Gourand.
ANNEXE 1
Arrêté du 30 septembre 1997.
Consentement de la femme enceinte à la réalisation en vue de
diagnostic prénatal in utero d’une des analyses énumérées
à l’article R.162-16-1 du 1° au 6° du code de la santé
publique.
Après la consultation médicale prévue à l’article
R.162-16-7 du code de la santé publique, je soussignée………………déclare
avoir reçu les informations suivantes :
L’analyse qui m’est proposée en vue d’établir
un diagnostic prénatal rend necessaire un prélèvement
de liquide amniotique ou de sang fœtal dont m’a été
expliqué le risque ;
Cette analyse sera effectuée dans un laboratoire autorisé à
la pratiquer par le ministre chargé de la santé ;
Si la technique demande une mise en culture de cellules fœtales, un échec
de celle ci est possible pouvant rendre nécessaire un deuxième
prélèvement ;
L’analyse peut révéler d’autres affections que celle
recherchée dans mon cas ;
Le résultat de l’examen me sera rendu et expliqué par
le médecin qui me l’a prescrit.
Je consent au prélèvement ainsi qu’à l’analyse
de ………………(1) pour laquelle il est effectué.
Date :…………………….. Signature
de l’intéressée…………….
(1) Préciser le type d’analyse :
Cytogénétique ; génétique moléculaire ;
biologie fœtale en vue du diagnostic des maladies infectieuses ; biochimie
(hors marqueurs sériques) ; hématologie ; immunologie ;
NB : Aucun échec de culture n’est encore survenu en 20 ans avec
les laboratoires auxquels nous confions les prélèvements.
ANNEXE 2

La totalité du matériel utilisé est à usage unique.
L’aiguille est longue pour pouvoir être mobilisée très précisément, mais elle est très fine.

Au terme habituel de la biopsie de trophoblaste le volume de l’utérus reste très en dessous de l’ombilic.
La sonde d’échographie est positionnée en périphérie de l’utérus. La ponction se fera au centre. C’est la clé de la sécurité infectieuse du geste.

Après repérage, la sonde d’échographie est maintenue immobile et la zone de ponction est désinfectée.

Une anesthésie locale est réalisée à l'endroit de la ponction pour éviter tout mouvement involontaire et intempestif.

L’aiguille est retirée de sa gaine de protection et, sans jamais être touchée, elle est posée délicatement sur le site de ponction, dans le plan de la sonde d’échographie.
C’est l’expérience de l’opérateur qui lui permet d’apprécier quel doit être l’angle d’introduction de l’aiguille par rapport à l’axe de la sonde d’échographie….

Elle est alors introduite d’un geste précis.

Le dispositif est fixé à la seringue et une forte dépression est réalisée à l'aide de la poignée.

La progression de l’aiguille est suivi millimètre par millimètre sur l’écran de l’échographie. Elle est introduite ici en partant de l’angle droit de l’image en direction du trophoblaste (futur placenta).

Deux à trois mouvements de va et vient de un centimètre mobilisent l'aiguille puis l'ensemble du dispositif est retiré en maintenant la dépression.

Les quelques milligrammes de tissu trophoblastique aspirés par l'aiguille sont éxaminés à la loupe binoculaire et envoyés au laboratoire.